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Retour sur l'étude ZEN 2050 - Imaginer et construire une France neutre en carbone - Le 9 février 2021

Lors de cette visioconférence organisée par l'AFITE le 9 février 2021, David Laurent, Responsable du Pôle Climat & Océan d'EpE, présentait le contenu de l'étude ZEN 2050, publiée par EPE en mai 2019 ainsi que la situation 2 ans après : ce qui a avancé, ce qu'il reste à faire.

L'association EpE, « Entreprises pour l'environnement », créée en 1992, au lendemain du sommet de la terre de Rio, regroupe aujourd'hui une cinquantaine d'entreprises françaises de tous secteurs. Elle mène des travaux transverses afin de favoriser la réflexion collective et la diffusion de bonnes pratiques environnementales pour contribuer à intégrer davantage l'environnement dans les stratégies d'entreprises.

 

Contexte et méthodologie

La neutralité carbone est un concept qui a beaucoup gagné en visibilité au moment de la COP21 à Paris. L'objectif de l'accord de Paris, de limiter les risques et les effets du changement climatique sur les sociétés humaines, se traduit en un objectif de limitation du réchauffement global à 2°C, voire 1,5°C si possible, ce qui implique d'atteindre la neutralité carbone au cours de la seconde moitié du siècle.

La neutralité carbone peut être considérée comme un équilibre entre le carbone émis et celui absorbé. Les émissions sont principalement dues aujourd'hui à la combustion d'énergies fossiles et à certains process industriels, tels que le thermo-reformage d'hydrogène ou la production d'engrais. Il faut également comptabiliser les autres gaz à effets de serre, tels que les émissions de méthanes liées aux cheptels ou de protoxydes d'azote liés à la dégradation des composés azotés contenus dans les sols agricoles ou les eaux usées...

Du côté des puits de carbone figurent la « biomasse aérienne » (forêts, arbres), la matière organique stockée dans les sols, mais également les techniques industrielles de captation et de stockage de carbone.

Zen 2050

La neutralité carbone (source : Étude ZEN 2050, EpE)

Le projet d'étude ZEN 2050 a été lancé à l'été 2017, au moment de la publication du plan climat de la France. En effet, la notion de neutralité carbone soulevait un certain nombre de questions et nécessitait la mise en place de solutions technologiques, organisationnelles et humaines adaptées...

L'étude, commanditée et pilotée par vingt-sept entreprises, est parue en mai 2019.

En termes de méthodologie, la démarche a été menée en 5 étapes :

  1. Réalisation de l'état des lieux des travaux existants ;

  2. Point sur la situation de départ ;

  3. Situation d'arrivée (Image 2050) : estimation de la capacité d'absorption des puits de carbone, répartition entre les secteurs émetteurs et leviers à mettre en place pour atteindre l'équilibre. Conséquences sur l'empreinte carbone des Ménages ;

  4. Détermination des trajectoires à suivre pour arriver à l'objectif, en termes d'émissions, d'emplois, et d'investissements ;

  5. Conditions de succès et recommandations d'actions à mener.

Un consortium a été constitué autour des 27 entreprises qui pilotaient l'étude. Il rassemblait des experts spécialisés dans les domaines de la modélisation énergétique, de la transition bas carbone, de l'agriculture, mais également de la sociologie, de l'investissement et de l'emploi. Un conseil de parties prenantes rassemblait des scientifiques, ONG, élus, syndicats, économistes, organisations professionnelles… Enfin, un panel de citoyen a été organisé afin de présenter les enjeux de l'étude et les propositions émises.

Compte tenu de la complexité des sujets abordés, les auteurs de l'étude ont pris le parti de ne pas étudier différents scénarios contrastés, mais de mettre en lumière des points qui faisaient consensus et les options qui restaient encore possibles. L'étude n'a pris en compte que les émissions territoriales, sans considérer le carbone importé, ni avoir recours aux crédits carbone. Les auteurs ont également fait le choix d'envisager la continuité technologique, en misant sur l'efficacité et la réduction des énergies fossiles, plutôt que de compter sur les ruptures technologiques.

L'étude repose sur l'hypothèse du maintien de la croissance économique et de l'activité industrielle et du partage juste des efforts entre les pays et les secteurs d'activité.

Enfin, les besoins des territoires liés à l'adaptation ou aux effets du changement climatique n'ont pas été pris en compte dans l'étude.

 

Résultats et Enseignements de ZEN2050

Le premier enseignement de l'étude est que cette neutralité carbone est possible, techniquement, et économiquement, avec les solutions existantes en 2018.

Elle est également possible sociologiquement, et l'étude dresse une image de la société en 2050 sous forme de neuf portraits de ménages illustrant des modes de vie possibles.

Il s'agit cependant d'une transformation sans précédent, avec une division par 5 des émissions entre 2015 et 2050, soit une réduction annuelle d'émission de 4,5 % par an entre 2015 et 2050, à comparer avec le rythme moyen de réduction entre 1900 et 2015 qui se situe autour de 0,5 % par an et qui correspond en grande partie à une délocalisation des émissions plus qu'à une réelle diminution.

Zen 2050

(source : Étude ZEN 2050, EpE)

Tous les secteurs économiques sont concernés et les efforts à fournir sont importants pour chacun d'eux.

La capacité d'absorption des puits de carbone devra également être multipliée par deux, en jouant sur l'aménagement du territoire, les techniques agricoles, l'artificialisation des sols...

L'un des enjeux majeurs de la neutralité carbone est de remplacer les sources d'énergies fossiles par des énergies bas carbone (renouvelable ou nucléaire). A cela s'ajoute un effort en matière d'efficacité énergétique afin d'arriver à une réduction de la consommation finale d'énergie de 50 %.

Des changements dans les modes de vie devront également s'effectuer, avec par exemple une réduction de 50 % du gaspillage alimentaire et de la consommation de viande.

Les émissions de GEC liées à la mobilité devront être réduites de 90 %, 16 millions de logement devront être rénovés et 80 % des déchets devront être recyclés d'ici 2050.

Pour chacun des principaux secteurs économiques émetteurs de GES, des leviers d'actions peuvent être mobilisés. Ils sont présentés dans le tableau ci-dessous, ainsi que les émissions résiduelles.

Zen 2050

Évolutions des émissions, leviers et émissions résiduelles par secteur (source : Étude ZEN 2050, EpE)

En termes d'emplois, les secteurs les plus directement liés à la transition (bâtiment, transports, énergie) ont été évalués de manière quantifiée à partir d'un modèle mis au point par le CIRED basé sur un ratio Euro / emploi. La trajectoire proposée conduit une réduction brute de 10 à 15% des emplois totaux sur les secteurs clefs étudiés, ce qui reste inférieur à la réduction des emplois liée aux gains de productivité durant cette période. Les évolutions nettes de l'emploi liées à la réduction des émissions de carbone sont donc d'ampleur modérée, mais la transition entraînera des changements dans les compétences requises et dans les trajectoires professionnelles, impliquant de nouveaux besoins de formation.

Les différents secteurs économiques connaîtront une évolution très variée, en fonction de leur dépendance aux énergies fossiles. Il faudra redéployer un certain nombre d'emplois, ce qui soulève de nombreuses questions en termes de qualification et d'évolutions de compétences. Par ailleurs, les destructions et créations d'emplois ne se feront pas toujours simultanément, ni sur les mêmes territoires.

Les investissements majeurs devront porter, en premier lieu sur la rénovation thermique des bâtiments, du fait de l'ampleur des travaux à réaliser, mais également sur les infrastructures et la mobilité.

L'étude a par ailleurs permis de mettre en lumière le problème de la disponibilité limitée de la biomasse. En effet, la plupart des secteurs d'activité envisage le recours à la biomasse afin de réduire ses émissions, cependant la somme des besoins en biomasse de l'ensemble des feuilles de routes dépasse l'offre disponible et appelle à une réflexion et une prise de conscience du caractère limité de cette ressource.

Le rapport insiste également sur le fait que la mise en œuvre de la transition nécessite l'engagement de l'ensemble des parties prenantes : pouvoirs publics, acteurs économique et citoyens consommateurs, chacun ayant son rôle à jouer à son niveau.

L'étude formule enfin 14 recommandations regroupées en 4 grandes catégories :

 

1/ INTEGRER LE CLIMAT DANS L'INCONSCIENT COLLECTIF

Une appropriation collective de l'urgence climatique est indispensable. Elle doit passer par l'éducation à tous les niveaux et par une orientation la publicité pour faire évoluer les habitudes de consommation vers des modes de vie durables.

 

2/ TRANSFORMER LES CADRES ÉCONOMIQUES

Il est nécessaire d'agir à l'international en limitant l'accès au marché européen aux seuls pays engagés dans une réduction des émissions de carbone. La France devrait mettre en place une fiscalité carbone positive et lancer un plan national d'investissement public (et privé par effet de levier) pour accélérer la transition bas-carbone.

 

3/ MESURES SECTORIELLES

Ces mesures portent sur l'aménagement du territoire, la rénovation des bâtiments, la mobilité, la modernisation de l'industrie et l'adaptation aux changements climatiques. La plupart ont déjà été évoquées précédemment.

 

4/ FORÊT-AGRICULTURE-ALIMENTATION

Ces points portent sur la gestion de la biomasse, l'accompagnement de l'évolution de l'agriculture vers un modèle de qualité, et la modification des modèles de consommation et des habitudes alimentaires.

 

Où en est-on aujourd'hui ?

Cette partie vise à dresser un état des lieux de l'évolution des questions soulevé par l'étude depuis sa publication.

Cette analyse ne peut pas faire l'impasse sur la crise sanitaire, mais également économique et sociale que nous connaissons depuis un an, comme l'illustre l'évolution dans le classement des risques issu des deux dernières éditions du « Global Risks Report » publié chaque année par le Forum économique mondial. La perception des grands risques environnementaux apparaît à la première place dans les éditions 2020 et 2021, ces sujets constituent le top 5, malgré l'apparition de la COVID, qui fait remonter la question des maladies infectieuses en 4ème position des préoccupations dans le classement 2021.

La perception de la neutralité carbone a évolué depuis la publication du rapport, avec une appropriation par les entreprises, de nombreuses réflexions sur le choix des actions à mettre en place, sur la communication autour de ces actions et la démonstration qu'elles ont donné lieu à des résultats probants.

L'érosion globale de la confiance des Français envers les institutions, liée aux diverses problématiques de communications lors de la crise sanitaire, augmente cependant la complexité à agir et à mobiliser les acteurs.

 

1/ INTEGRER LE CLIMAT DANS L'INCONSCIENT COLLECTIF

Appropriation collective

  • La Convention Citoyenne sur le Climat a donné lieu à une prise de conscience des Français de la nécessité d'agir en matière de changement climatique.

  • On observe dans certaines géographies un effet d'accélération des projets et des investissements environnementaux du fait de la crise COVID, mais quel va être l'effet à moyen-long terme ?

Education

  • Les mobilisations étudiantes ont eu un impact médiatique et un effet accélérateur sur la société.

Publicité

  • Ce secteur a été très impacté économiquement par la crise économique et par la redirection des budgets de communication vers le numérique. Il a fait l'objet de nombreux débats et rapports, dont celui du ministère de la transition écologique « Publicité et transition écologique » publié en juin 2020.

  • Malgré le contexte compétitif complexe, le secteur s'est mobilisé et a pris des engagements en matière de communication responsable.

  • Des dispositifs d'interdiction sont prévus dans le projet de loi Climat de janvier 2021

 

2/ TRANSFORMER LES CADRES ÉCONOMIQUES

Commerce international

  • Projet de « CBAM » (Carbon Border Adjustment Mechanism). Ce mécanisme d'ajustement carbone aux frontières qui figure dans le « Fit for -55 % package » de la Commission Européenne contribuera à réduire le risque de fuite de carbone au niveau européen.

  • On assiste à un élan positif au niveau international, mais la crise sanitaire et les enjeux de la relance ont bouleversé les équilibres et la coopération internationale...

Fiscalité carbone positive

  • Il s'agit encore d'un enjeu très fort en termes d'acceptation et de justice sociale.

Investissements bas-carbone

  • 30% du plan « France relance » est dédié à la transition écologique, cette orientation figure également dans le pacte vert pour l'Europe (European Geen Deal).

  • Des débats ont eu lieu sur l'éco-conditionnalité et l'Agence de Participation de l'État a introduit des conditions de performance environnementale dans ses critères de sélection.

 

3/ MESURES SECTORIELLES

Aménagement du territoire

  • L'objectif « ZAN » (Zéro Artificialisation Nette) commence à faire l'objet de discussions, mais il rencontre encore des difficultés systémiques.

Rénovation des bâtiments

  • Des objectifs ambitieux ont été annoncés par le gouvernement fin 2020, mais les dispositifs d'obligation proposés par la Convention Citoyenne n'ont pas été retenus, ce sujet pourrait être un enjeu pour la présidentielle de 2022.

Mobilité non émettrice

  • Le secteur a été très impacté par la crise COVID, mais on assiste à un fort engagement du secteur sur ce sujet dans un contexte d'évolutions importantes de la réglementation en cours et à venir.

Adaptation

  • On peut penser que la crise COVID entraîne un regain d'attention pour la gestion des risques extra-financiers et en particulier la question de l'adaptation au changement climatique.

 

4/ FORÊT-AGRICULTURE-ALIMENTATION

Gestion de la biomasse

Agriculture de qualité

  • Le secteur reste en recherche modèles économiques basés sur la multiplicité des services pour répondre à la demande.

Alimentation saine

  • Ce sujet connaît une évolution tendancielle positive, en synergie avec d'autres sujets tels que les questions de bien-être animal, ou de consommation locale.

 

Pour conclure, on observe une accélération globale des sujets concernant la neutralité carbone (engagements d'Etats et d'entreprises, demandes sociétales) ainsi qu'une juxtaposition des temps d'action (analyser, faire, démontrer).

La crise COVID offre des opportunités de transformation à saisir, mais il subsiste de nombreuses incertitudes sur ses effets à long terme.

Le contexte et la dynamique internationale restent incertains, avec une dégradation de la coopération internationale liée à la crise. L'année 2021 devrait mettre en place de nombreux jalons structurants (UN Ocean, COP15 biodiversité, COP26 Climat) et sera déterminante pour l'avenir.


Publié le 23/02/2021




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